L'Art Roman en Périgord | Entrevue avec l'eau, conférence-débat  

Conférence musicale sur les troubadours



A la harpe :

Véronique Condesse




Au rebec (violon médiéval),
à la flûte,
à la guitare sarrasine :


Maurice Moncozet





Le conteur :

Jean-François Gareyte







Les textes des troubadours nous donnent parfois une autre version de cette Histoire qu’on lit dans les livres, et c’est dans un récit plein d’humour et d’anecdotes de Jean-François Gareyte, entrecoupé de chansons de troubadours interprétées par Véronique Condesse et Maurice Moncozet, que, lors de cette conférence, nous avons vu naître et mourir les troubadours. Nous avons écouté l’histoire rocambolesque, non pas de la famille de JR à Dallas ou de celle des Feux de l’amour, mais de la tribu des Plantagenêt, telle qu’elle nous a été contée à travers les textes des troubadours.

Ecoutez donc avec nous l’histoire d’Aliénor d’Aquitaine …




« Comme le fait le cygne quand il veut mourir, je chante

Car je sais qu’ainsi je mourrai mieux et avec moins de douleur »


Hugues de Peyrol








NAISSANCE DES TROUBADOURS

Mais revenons tout d’abord au moyen-âge, 900 ans plus tôt, dans ce monde médiéval assez figé où tout était géré, organisé et contrôlé par l’église et où tout le monde n’avait qu’une peur, celle de la mort et du devenir de son âme. Une date va alors changer ce monde : 1095. Les quelques rares nouvelles qui arrivent, inquiètent : les Sarrasins avancent de plus en plus en Espagne et, du côté où le soleil se lève, l’empire byzantin tellement puissant vient d’être battu par les turcs, des guerriers qui avancent aussi vers Constantinople, la capitale des byzantins. Le pape urbain II prend alors une grande décision, part de Rome, passe par Marseille, Toulouse, Bordeaux et lors du grand concile de Clermont, demande à tous les gens présents de déchirer les tissus qu’ils ont sur eux pour s’en faire des croix, se les mettre sur la poitrine, l’épaule : ainsi vont débuter les croisades. L’idée de départ est d’aller simplement aider les byzantins, mais l’idée du pape est d’aller jusqu’à Jérusalem pour délivrer la ville des méchants musulmans, embrasser le tombeau du Christ et sauver les âmes. Tout le monde veut alors se croiser et partir vers Jérusalem. Le comte Raymond de Toulouse au départ de la croisade a déjà 62 ou 63 ans et a regroupé une armée formidable (les languedociens, les gascons, les béarnais, les provençaux, les auvergnats, les limousins, les périgourdins, et même les poitevins).




Le premier choc est l’arrivée à Constantinople. Eux, qui sont partis de petites masures et châteaux en bois, du fin fond du périgord, découvrent une ville gigantesque, ultramoderne, avec des cathédrales, des toits « recouverts d’or », des gens curieux et bizarres : des mathématiciens, des astronomes, des médecins, des philosophes. Il va y avoir des échanges. Autre surprise, on retrouve les "méchants" musulmans, contre lesquels on doit se battre, au marché de Constantinople, qui font du commerce avec les byzantins. Et puis sur les marchés, on fait des découvertes : des goûts, des odorats, des épices. C’est aussi la première fois qu’on voit des gens à la peau nègre, la peau maure. Finalement les troupes passent en Anatolie byzantine (la Turquie aujourd’hui) et ont lieu les grandes batailles.




Le comte de Toulouse en arrivant devant l’empereur byzantin va s’apercevoir également que d’autres croisés sont déjà arrivés : des blonds aux yeux bleus qui se disent Germains, des étrangers du Nord qui se disent François et qui parlent la langue d’Oïl, alors que les Toulousains, Bordelais, Limousins, Gascons, Catalans, Provençaux parlent la langue d’Oc. Coutumes différentes, langues différentes, tempéraments différents, l’ambiance entre les chefs est détestable, le but du jeu étant d’arriver le premier à Jérusalem. La première croisade dure pratiquement 4 ans. D’après les livres d’histoire, la prise de Jérusalem est due à Godefroy de Bouillon, chevalier français pour les livres d’histoire de France, mais il était également Duc de Lorraine, donc aujourd’hui en classe en Allemagne, c’est un chevalier allemand, la Lorraine faisant partie du saint empire germanique, mais il était également seigneur de Bouillon et donc à l’école en Belgique, Jérusalem a été prise par un chevalier belge ! En fait grâce aux textes des égyptiens, qui à l’époque tenaient Jérusalem, on sait qu’au moment où Godefroy de Bouillon monte sur le rempart côté nord, au même moment, le comte de Toulouse monte sur le rempart côté sud : l’histoire tient surtout à ceux qui l’écrivent !…




Au retour de cette première croisade, en rentrant au pays, tous ces chevaliers ont envie d’en parler. On voit donc arriver partout en Europe les premiers textes, en latin, toujours en latin depuis 1000 ans, à la gloire de Dieu, du pape et de la croisade (si nous avons repris Jérusalem, c’est que Dieu le veut !), partout en Europe, sauf …
... sauf ici en Aquitaine ! Pourquoi ici et pas ailleurs ?
Personne ne sait …




Le jeune duc d’Aquitaine de l’époque, Guilhem IX, va commencer à écrire des textes et des chansons, (textes qui normalement étaient écrits en général par les moines et religieux !), et il va écrire non pas en latin mais dans sa langue, la langue d’Oc, et surtout ne va pas parler dans ses chansons de guerre, de religion, de croisade, mais va parler d’amour, de femmes, et de préférence des femmes des autres. Dans sa théorie de "Fin’amor", il explique que si on est amoureux de sa belle, il faut prendre son temps, la respecter et la courtiser ! Dans un moyen-âge très macho et viril, dirigé par des hommes, qui ont le droit de vie ou de mort sur leurs femmes, c’est un coup de tonnerre !. Tous les autres chevaliers en Aquitaine, au vu du résultat avec les jolies femmes, vont vouloir faire pareil. Les chevaliers vont vouloir trouver des musiques, quelques jolies rimes, des chansons, "trouver" en occitan : c’est le début des "troubadours".




On est donc bien loin des joueurs de banjo sous les fenêtres ! Les troubadours sont des grands chevaliers, mais aussi des moines défroqués, et aussi des "non nobles" (ignobilis en latin, ignobles).




Ce premier troubadour, le Duc d’Aquitaine, à l’époque, est un des plus puissants seigneurs d’Europe, car l’Aquitaine historique comprend l’Aquitaine actuelle, mais aussi l’Auvergne, le Limousin, la région des Charentes et le Poitou. En 1114, au nord de Poitiers à Châtellerault chez le vicomte, alors qu’ils parlent affaires, le duc d’Aquitaine tombe amoureux de la vicomtesse dont le prénom est "Dangerosa" ("Dangereuse" ça ne s’invente pas !) et s’enfuit au grand galop au petit matin avec elle. Scandale énorme dans le monde médiéval, d’autant qu’il décide de vivre avec la vicomtesse ! Menacé d’excommunication par l’évêque de Poitiers, il reste malgré tout avec elle et écrit pour elle ses plus belles chansons d’amour. Sur son bouclier, il fait peindre non pas un lion, une épée ou une hache, mais Dangereuse "nue" ! Inutile de vous dire la réaction de l’évêque de Poitiers, qui le menace à nouveau d’excommunication. Guilhem d’Aquitaine mourra non pas en se battant, en croisade, mais simplement dans son lit, de sa belle mort, dans les bras de Dangereuse…




APOGEE DES TROUBADOURS

Le fils du duc d’Aquitaine, Guilhem X, n’a pas été troubadour. C’était un géant, une force de la nature. Il aimait la bagarre et il aimait organiser d’énormes fêtes, pour raconter ces batailles. A son époque, on festoie énormément, et c’est sous son règne que le mouvement des troubadours explose :

Eble de Ventadour, Cercamon, Marcabru, Jaufré Rudel le prince de Blaye …




Différentes chansons se mettent en place : La canso ou chanson d’amour (la plus fréquente), la tenso (plusieurs troubadours chantent en même temps), des descorts (chanson sans rimes où l’on fait le plus de bruit possible), le planh (plainte, chanson sur la mort), le sirventès (on dit ce qu’on pense au niveau politique ou religieux, au moyen-âge !!) etc. Les instruments de musique viennent très souvent d’Afrique du Nord et même de plus loin.




Après avoir bien "massacré" et festoyé pendant 10 ans, Guilhem X décide de partir en pèlerinage à Compostelle. Arrivant en 1137, il commence à tousser et meurt le lendemain. Immense problème pour le duché d’Aquitaine : Guilhem X n’a pas laissé de fils. Il n’a laissé qu’une fille, très belle d’après les chansons des troubadours, et extrêmement intelligente : Aliénor d’Aquitaine. Mais contrairement à ce qu'on trouve dans les livres d'histoire, si on se repenche sur les textes des troubadours de l’époque, on s’aperçoit que le mariage avec Louis VII, roi des François, qui ne parle même pas la même langue, ne plait pas vraiment en Aquitaine. Aliénor est courtisée par beaucoup d’autres princes et rois. De plus, ce mariage ne pouvait pas marcher, du fait des différences de tempéraments et des différences de penser. En Aquitaine, les femmes nobles ont l’habitude d’avoir les hommes, chevaliers et troubadours, à leurs pieds et elles trouvent normal de faire ce qu’elles veulent, gérer les châteaux, faire de la politique, faire du commerce, lorsque le mari n’est pas là ou lorsqu’il est mort. Chez les Capétiens, on est extrêmement catholique, et l’idée du mariage est simplement de rattacher des terres. Louis VII considère donc que c’est à lui de gérer les terres de son royaume, ce qui ne plait pas à Aliénor. D’autre part, le couple a 2 enfants, mais 2 filles, pas de fils pour le roi des Capétiens.




En 1147, des nouvelles arrivent de l’autre côté de la Méditerranée, les musulmans ont battu les chrétiens et repris Edesse. Louis VII, en bon chrétien, décide de partir lui-même en croisade. Il emmène Aliénor, car ainsi tous les chevaliers d’Aquitaine suivent (Auvergne, Languedoc, Gascogne, Béarn, Périgord, Limousin, Poitou, Charente). Persuadé d’être le "patron", Louis VII va en fait, lors de cette deuxième croisade, tomber sur des châteaux occupés par les descendants de l’armée du comte de Toulouse, chez les Byzantins puis en Turquie dans des cités comme Antioche, en Syrie, au Liban etc. On y parle l’occitan, on fait grand accueil à Aliénor et on ignore Louis VII. Arrivée à Antioche, Aliénor tombe sur Raymond de Poitiers, un de ses oncles, et se retrouve dans une ambiance occitane. C’est dans une de ces soirées qu’elle annonce à Louis VII qu’elle a décidé de partir et de le quitter ! Au petit matin, laissant Raymond de Poitiers sur place, Louis VII quitte Antioche en emmenant sa femme de force. Vexé, il décide d’attaquer Damas, seule ville neutre de la région, avec laquelle Raymond de Poitiers fait du commerce. L’attaque menée par les francs est un échec, la croisade terminée pour Louis VII qui se couvre de ridicule.




Vidéo à venir




Au retour de cette croisade, en 1152, Aliénor quitte Louis VII (parle de divorce !), rentre chez elle. Louis VII perd l’Aquitaine et tous ses droits sur l’Aquitaine, qui redevient indépendante.

Après 2 à 3 ans de grande vie, elle se marie avec le chevalier Henri Plantagenêt, qui devient roi d’Angleterre 6 mois plus tard : l’Aquitaine se trouve alors rattachée à l’Angleterre (origine et prétexte de la longue guerre de cent ans). Ils ont plein d’enfants dont au moins 6 ont survécu, 4 garçons et 2 filles. Au même moment, Louis VII n’a toujours pas de fils.




Pour Henri Plantagenêt, tout va bien … jusqu’à ce qu’il commette une erreur catastrophique qui amènera en moins d’une génération la fin de son puissant empire : il trompe Aliénor, qui, à partir de ce moment là, n’aura plus qu’une idée, celle de se venger de lui par tous les moyens. A l’époque, les enfants sont dotés : Le fils ainé, Henri le jeune, devrait devenir roi d’Angleterre après son père ; le second fils est le préféré d’Aliénor, c’est le petit Richard ; le troisième fils, Geoffroy, aura la Bretagne ; pour le petit dernier Jean, il ne reste plus rien, il sera appelé Jean sans terre. Les enfants au moyen-âge, écuyers depuis 7-8 ans, sont adoubés chevaliers vers 14-15 ans (âge où ils deviennent des hommes et peuvent partir à la guerre), et ils ont le droit à ce moment là à leur héritage. Mais lorsqu’Henri le jeune va avoir 14-15 ans, son père ne le dote pas, et sans argent, ce fils du roi ne peut pas se payer de compagnons, de chevaliers, de destriers et faire des tournois. Dès que Richard a lui aussi 13-14 ans, Aliénor l’amène en Aquitaine à la Cathédrale de Limoges où elle lui donne le titre de duc d’Aquitaine : Henri Plantagenêt n’a donc plus aucun droit sur le duché d’Aquitaine. En 1173, lors d’un grand festin organisé à Limoges, Henri le jeune, Richard et Geoffroy, toujours non dotés par leur père malgré leurs demandes, s’enfuient dans le sud du Limousin pour monter une grande révolte contre lui. Aliénor, au même moment, est partie en secret à cheval vers Poitiers pour réunir les poitevins. Mais l’opération tourne court, Henri Plantagenêt va battre l’armée de ses fils qui sans argent n’ont pratiquement pas de chevaliers, Aliénor n’aura pas le temps d’arriver à Poitiers, elle sera capturée et jetée en prison dans la tour de Londres où elle restera 13 ou 14 ans. Les fils, battus, doivent se soumettre à leur père. En 1182, ils vont rencontrer le seigneur du château de Hautefort en Périgord, Bertran de Born, grand troubadour, connu pour chanter les plus belles femmes de la région, mais se servant aussi de ses chansons pour faire de la politique, pour se moquer de tous les gens qu’il n’aime pas. Les fils vont se révolter à nouveau. La rébellion gagne, Henri le vieux subit sa première défaite à Limoges en 1183. Mais le problème d’argent existant toujours, pour payer les troupes et les mercenaires, Henri le jeune, Geoffroy, Bertran de Born et les autres rebelles vont attaquer et rançonner les abbayes. A Rocamadour, ils pillent le trésor et Henri le jeune reçoit la malédiction de l’évêque. Le lendemain à Martel, ils festoient, mais lorsque commencent à sonner les douze coups de minuit, Henri le jeune se met à tousser, crache du sang et meurt subitement avant la fin des douze coups. Pendant ce temps, Henri le vieux a refait ses troupes et, décidé à se venger, donne comme mission à Richard d’aller attaquer et tuer Bertran de Born enfermé dans son château de Hautefort, attaqué au même moment par le roi d’Aragon, qu’il avait insulté dans ses chansons. Après une semaine de combat, Bertran de Born est jeté aux pieds de Richard, mais Richard le laisse en vie, lui demandant en échange de chanter pour lui. Richard, "fort comme un lion" dans une des nombreuses chansons de guerre de Bertran de Born, devient ainsi "Richard Cœur-de-lion". Geoffroy de Bretagne va alors comploter avec philippe Auguste pour faire assassiner Richard qui devrait être, du fait de la mort de Henri le jeune, le futur roi d’Angleterre. Mais vers 1186, lors d’un grand tournoi de chevalerie, il tombe et meurt par accident. Reste le petit Jean qui va alors être de tous les complots pour faire assassiner Richard !




L’autrichien, vexé, récupère ses troupes et rentre en Autriche. Après deux ans dans le désert à courir après Saladin, Richard tombe malade et, pratiquement mourant, se voit soigné par 2 médecins arabes envoyés par Saladin qui lui donne ainsi une grande leçon de chevalerie. Richard décide donc de rentrer chez lui, mais passe par l’Autriche ! Il est capturé, jeté en prison. Il en profitera pour écrire de magnifiques chansons, en occitan (Richard cœur de lion roi d’Angleterre peut-être, mais duc d’Aquitaine d’abord !). La rançon demandée équivaut au budget annuel du royaume d’Angleterre. Aliénor d’Aquitaine va monter à cheval et faire toute l’Angleterre et toute l’Aquitaine pour réunir cette rançon gigantesque afin de libérer son fils préféré. Mais Richard n’est pas libéré tout de suite par l’empereur allemand qui a reçu une rançon plus énorme encore de Philippe Auguste et Jean Sans Terre pour le garder en prison ! Finalement libéré, Richard arrive à Londres devant Jean Sans Terre qui s’agenouille devant lui, il se recouronne roi d’Angleterre et revient en Aquitaine. Mais l’Aquitaine, qui n’en peut plus de 30 ans de combats et d'impôts, finit par se révolter contre lui. Il reçoit un carreau d’arbalète alors que, au pied du petit château de Châlus en Périgord, et non protégé de sa côte de mailles de son bouclier et de son casque, il insulte et injure les arbalétriers. C’est ainsi que meurt Richard Cœur-de-lion, le plus grand et incroyable roi chevalier et troubadour du moyen-âge, dans les bras de sa mère Aliénor qu’il a fait appeler. Jean Sans Terre est enfin devenu roi d’Angleterre, mais on ne trouvera pas un seul texte de troubadour qui soit favorable à Jean, lâche, menteur et traître, qui perd en moins de 3 ans tout l’empire des Plantagenêt. Philippe Auguste récupérant tout, c’est Aliénor d’Aquitaine qui, à plus de 70 ans, va marier sa fille avec un prince allemand et sa toute dernière avec le roi de Castille, pensant ainsi empêcher les français de prendre l’Aquitaine. Puis elle se retire à l'abbaye de Fontevraud où elle meurt 2 ans plus tard.

Voilà l’histoire d’Aliénor d’Aquitaine,
la véritable princesse des troubadours.




LA FIN DES TROUBADOURS

C’est la fin du 12ème siècle, c’est exactement l’époque de l’apogée des troubadours : Bertran de Born, mais à la même époque, Giraut de Bornelh troubadour d’Excideuil tellement doué qu’il a fait toute sa carrière et toute sa vie en Espagne pendant près de 20 ans considéré comme le plus grand des troubadours en Castille ou en Catalogne, Arnaud de Mareuil qui devint le rival en amour du roi d’Aragon, Arnaut Danièl de Riberac, etc. En cette fin du 12ème siècle, qu’on soit prince italien, roi d’Espagne, empereur allemand, roi d’Angleterre, roi des François au nord de la Loire, on commence à écrire un peu quelques mots d’occitan, à faire quelques allusions courtoises. La langue d’oc, et cette idée de "fin’amor", est en train d’influencer petit à petit l’Europe entière. Mais …




Les troubadours, dans une Aquitaine recouverte de châteaux mais ruinée par les guerres, se sont repliés sur le puissant et riche comté de Toulouse et marquisat de Provence, pour pouvoir continuer à composer et à chanter. Mais au même moment, des gens qui se disent vrais chrétiens refusent l’autorité du pape. Le pape demande alors au roi des français Philippe Auguste de faire une opération de police sur le comté de Toulouse et marquisat de Provence pour venir brûler ces "hérétiques" et organiser une croisade : c’est la croisade contre les albigeois (croisade organisée contre des chrétiens !).




Simon de Montfort, en arrivant à Béziers, alors qu’il a demandé à parler aux chefs de cette ville, voit arriver des non nobles - le capitoul de Béziers - qui gèrent les affaires des villes, et qui refusent de livrer les "hérétiques" qui se comportent comme de bons citoyens de la cité et qui respectent les règles de courtoisie, au même titre que les médecins arabes ou les banquiers juifs. Pour faire la différence entre les bons chrétiens et les méchants adorateurs du démon, on connait la fameuse phrase du légat pontifical Arnaud Amaury qui aurait répondu aux guerriers "tuez les tous et Dieu reconnaîtra les siens" : tout le monde a donc été massacré à Béziers, Carcassonne, Toulouse, dans le comté de Toulouse et du côté de la Provence. En 1213, Simon de Montfort, avec toute son armée, remonte toute la vallée de la Dordogne, où se trouvent encore des fidèles du comte de Toulouse. Ils sont attaqués par des chevaliers qui viennent d’un village qui s’appelle La Roque-Gageac, par des chevaliers qui viennent de Domme, par un seigneur de Castelnaud Bernard de Casnac marié avec une des 3 filles de Turenne chantée par Bertran de Born. Simon de Montfort, qui attaque tous ces villages, pense avoir tué tous les périgourdins, notamment pendu le seigneur de Castelnaud, et avoir négocié la paix avec Beynac, dont le seigneur se dit bon chrétien et aux ordres du roi de France. Entre temps, Toulouse s’est à nouveau révolté et en 1218, Simon de Montfort, qui a décidé de raser Toulouse, fait le siège de la ville, face au jeune Raymond VII de Toulouse. Mais arrivent des renforts du nord du comté de Toulouse, menés par Bernard de Casnac et ses périgourdins ! Simon de Montfort décide de monter à l’assaut, Casnac ordonne une sortie. Une pierre de catapulte, apparemment tenue par des femmes de Toulouse, fracasse la tête de Simon de Montfort, l’autre catapulte étant menée par le seigneur de Beynac !…




3 croisades de suite, pratiquement 150 ans de guerres, le comté de Toulouse est dévasté, massacré, puis pratiquement 120 ans d’inquisition, l’indépendance des terres occitanes est finie, et le mouvement des troubadours est cassé au même moment. La seule femme que l’on peut alors chanter dans les chansons sans être "hérétique" devient la Sainte Vierge. Les derniers troubadours s’enfuient, partent soit dans le nord de l’Italie, où on parle le provençal donc l’occitan, soit en Catalogne du côté de Barcelone ou Valence. Les tous derniers troubadours disparaissent de vieillesse, en exil, ou loin de chez eux.




Mais au moment où ils disparaissent, on voit apparaître en Italie les tous premiers poètes italiens qui sortent du latin (les trovatori), en Espagne les tous premiers poètes espagnols qui sortent du latin (Los trobadors). Au même moment au nord de la Loire, dans les cours des 2 filles qu’Aliénor avait eu avec Louis VII, qui avaient fait venir beaucoup de troubadours, on voit apparaître les premiers trouveurs de rimes (les trouvères), et jusqu’en Germanie où on voit apparaître les premiers poètes germaniques qui commencent à mettre des jolies princesses au milieu des chansons de guerres (les minnesangers), leurs maîtres à penser en poésie étant les troubadours provençaux. Cela donne une idée de l’incroyable influence des troubadours qui ont influencé l’Europe entière. En 1909 et en 1913, un américain, considéré comme le plus grand des poètes américains du 20ème siècle, et un anglais, prix Nobel de littérature en 1958, sont venus en Périgord (Sarlat, Ribérac, Excideuil, Hautefort) persuadés que l’origine de la littérature moderne, de la poésie moderne, du théâtre moderne vient de cette idée des troubadours : le "Fin’amor", le respect de la femme, le respect de l’autre et le respect des idées de l’autre…




A découvrir : Aliénor d'Aquitaine, Le destin d'une reine à la vie romanesque




01.09.2010 - Phil Lasserre
Merci de nous avoir éclairé cette belle soirée très instructive et de nous avoir communiqué votre passion avec une grande poésie digne des troubadours .

31.08.2010 - Baguet Michel
En vacances dans ce beau Périgord, nous avons beaucoup apprécié cette conférence musicale sur les troubadours.Les "alsaciens" étaient ravis!

22.07.2010 - marijke ozanne
Très belle soirée. Félicitations aux musiciens qui ont fait chanter ces instruments de musique si peu connus. Bravo pour le conteur qui avec beaucoup de fougue nous a conté Aliénor d'Aquitaine et les troubadours.

21.07.2010 - Jouclas
Bravo et merci pour ce reportage de la conférence musicale sur les Troubadours compte-rendu et images quelle épopée! et quel charme...
j'incite tous les adhérents ACADINE à consulter ce reportage... pour en reparler Christine Jouclas

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