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L'Art Roman en Périgord

Le terme d’ « Art Roman » date du 19ème siècle, il a été créé par assimilation avec l’art romain. Beaucoup d’églises existent déjà, mais elles sont en général en bois et sont souvent détruites par des incendies. Le développement de l’art roman est en fait un problème économique. A la fin du Xème et au début du XIème siècle, les terres sont défrichées, des richesses se créent, les populations sont nourries, les famines diminuent, les populations augmentent, de nouvelles richesses se créent etc. D’un côté, on trouve le roi, qui fait la guerre, et de l’autre côté, les religieux, qui collectent des fonds et construisent les églises. Il existe 3 grands pèlerinages : Rome et Jérusalem, qui ont débouché sur les croisades, avec l’inter croisement des chrétiens et des musulmans, et Saint-Jacques de Compostelle. Ces pèlerinages sont vecteurs à toutes sortes de brassages et il se crée dans ce monde religieux une architecture de « l’Art Roman ».
Au moyen-âge, il existe plus de 1000 églises en Dordogne.

Cliquez sur les petites photos pour les agrandir




CARTE des églises en Dordogne :
Eglises bénédictines
Eglises cisterciennes
Eglises augustiniennes




Caractéristiques fondamentales

Il reste dans le Périgord environ 600 églises romanes ou partiellement romanes. Elles sont :
-petites
-humbles
-sans monuments majeurs
Les spécificités :
- les coupoles (environ 200 en Dordogne), essentiellement dans le Ribéracois et le Sarladais
- les arcatures aveugles
- la robustesse de masses, avec des tours de fortification. A cette époque, les églises sont souvent des églises défensives dans cette région entre l’Angleterre et la France, Aliénor ayant l’ Aquitaine, le Nord étant dévoué au Roi de France.
- l’intérêt des détails, des sculptures (peu en Dordogne). La plupart des gens sont illettrés, il n’y a pas de livres, et les gens prolongeaient l’enseignement de la Bible et des évangiles dans la contemplation des sculptures
- les matériaux, en général un calcaire coquillé un peu friable, mais les églises tiennent toujours debout !
- les murs, épais, faits de parements intérieurs et extérieurs avec du torchis ou de la terre au milieu
- les plans :
Une nef unique : Cité, Cherval
Souvent des croix latines : Paunat, Trémolat
Des croix grecques : il n’y en a qu’une seule à Saint Front à Périgueux
Des collatéraux : Cadouin, Saint Privat, Bussière- badil, Pillac (à la limite de la Dordogne et de la Charente, le diocèse de Périgueux allait jusqu’en Charente). L’intérêt du collatéral est que ça évite d’avoir des murs qui ont des piliers de soutènement.




LES INCONTOURNABLES :




La Cité à Périgueux, qui est l’ancienne cathédrale de Périgueux. Elle a été construite au début du 12ème siècle sous l’influence de l’évêque Girard d’Angoulême, elle avait autrefois 4 coupoles, 2 ont été détruites par les protestants et par la révolution. Ces coupoles sont parmi les plus larges de la région. Les arcs sur piliers engagés font le tour de l’église et on retrouve à l’intérieur les mêmes arcatures encadrant les ouvertures et les arcs aveugles. On y trouve également le tombeau de Saint-Jean d’Assise, sculpture très festonnée de Constantin de Jarnac, ainsi qu’un superbe pélican datant du 18ème qui rappelle un peu le Pélican de Musset :




« Lorsque le pélican, lassé d'un long voyage,
Dans les brouillards du soir retourne à ses roseaux,
Ses petits affamés courent sur le rivage
En le voyant au loin s'abattre sur les eaux »







Saint Front, qui est en fait constituée de 4 églises : une église mérovingienne, une église carolingienne, une église du 12ème et une église du 19ème agrémentée par Abadie. 2 chapelles ou « confessions » se situent dans les murs eux-mêmes de Saint Front, suffisamment épais, l’une du 9ème siècle dédiée à Saint Jacques de Compostelle, et l’autre branchée sur la sacristie, plus tardive, du 10ème siècle. Un autre élément typique de Saint Front est un clocher du 12ème siècle, parfait au niveau architecture romane.




Le cloitre est du 13ème siècle,
on y voit un agneau crucifère qu’on voit également en Espagne et en Italie,
avec cette patte avant droite repliée qui tient la croix.







Brantome
,
avec son très beau clocher roman,
que l’on peut visiter de l’intérieur.








Saint Privat des prés
, au nord est de la Charente, pas très loin de Ribérac. Cette église a son intérêt avec ses collatéraux et ses 9 arcades aveugles, elle rappelle tout à fait l’architecture romane de Saintonge, avec le portail à 9 voussures et à côté 2 arcatures aveugles, et la finesse des sculptures que l’on retrouve dans les églises saintongeaises et poitevines.
Remarquons aussi que l’église romane périgourdine n’a jamais de tympan (excepté l’église de Faille à 2 kms de Ribérac).




Cherval, dans le Ribéracois,
église fortifiée à 4 coupoles et arcs semi-brisés,
mais surtout dont les murs qui tiennent les coupoles ne sont pas droits.
Pour les soulager, on y a mis des soutènements.








La Chapelle Saint Robert
,
au nord du département, à la jonction de la Charente et de la région de Nontron,
au clocher typiquement saintongeais, avec une série d’arcatures.







Bussière-Badil, au nord de Nontron. Là existe une résurgence limousine avec la présence de granit et d’un clocher orthogonal. Cette église est mixte, d’origine limousine et d’origine saintongeaise, avec un portail sculpté superbe avec 3 voussures successives, montrant des monstres ailés, des feuillages, et enfin des animaux, des chevaux en particulier. Autour de ces archivoltes on trouve des statues d’apôtres.




Saint Amand de Coly, église très symbolique, fortifiée, excessivement sobre, à la fois enterrée dans le sol et en même temps montrant une élévation vers le ciel.
Le sol est en pente ascendante vers l’est de 3 centimètres par mètre et, en rentrant dans l’église, on a l’impression de monter vers Jérusalem, ce qui est une trouvaille architecturale assez extraordinaire.








Saint Léon sur Vézère
, qui a la caractéristique d’être construite sur des ruines romaines.
Cette église présente des passages entre le transept et le chœur, qu’on appelle des passages berrichons.




Besse, l’église la plus sculptée de la Dordogne, à voir à 16 heures lorsque le soleil baisse et illumine la façade. C’est également une église fortifiée.






Cadouin
, au portail très sobre sans sculptures,
9 arcatures aveugles au sommet.




Saint Avit Sénieur, monastère augustinien, excessivement robuste, solide, avec des chambres de défense.
Mais on ne sait pas s‘il y a eu on non des coupoles.





Paunat
, dans la région du Bugue.
Dans la tour de gauche, il y a une première coupole en rentrant,
puis une deuxième au-dessus.




Trémolat, 4 coupoles en suivant.




LES FAVORITES




Reilhac , à l’extrême nord du département,
église limousine avec du granit, des structures dures, pas de fioritures, à allure très spécifique,
avec un portail très sobre et strict, et un superbe bénitier du 12ème.







Agonac, à 15 kms de Périgueux, église fortifiée avec des contreforts et des tours de défense. Les murs ne sont pas droits comme à Cherval. L’intérieur a un arrière-chœur plat et un transept avec une superbe coupole sur pendentifs. Il y a une sculpture montrant un diable entre 2 coquilles Saint-Jacques, une croix templière,




et un christ assez extraordinaire, mal placé, dans un coin oublié juste à côté de la porte d’entrée, d’une grande qualité de peinture car représentant véritablement ce que représente un sujet mort, avec cet apaisement du visage qu’on retrouve très rarement sur les représentations du Christ.





Lempzours
, une mairie, 3 maisons, 99 habitants,
une superbe commanderie de templiers
et une superbe église très belle et très bien restaurée.






Saint Aulaye
, à la frontière de la Charente,
on y retrouve les éléments Saintongeais, le portail sobre peu sculpté.







Aubeterre, en Charente, mais qui appartient au diocèse de Périgueux.
Cette église Saintongeaise est très richement sculptée avec un portail très géométrique et de très jolis chapiteaux.




Grand Brassac, dans le Ribéracois, très riche en églises à coupoles.
C’est une église très fortifiée, avec une face sud très austère, un intérieur très classique, et un portail nord très riche, avec les corbeaux qui sont des monstres, une Vierge à l’enfant avec des évêques, une frise avec des monstres, un Christ avec la Vierge et Saint Jean et les apôtres autour, sculptures qui sont des réemplois de structures récupérées dans d’autres églises.




Saint Martin l’Astier, entre Mussidan et Montpon, sur le chemin de Saint Jacques.
Cette église a une tour octogonale, comme à Bussière-Badil, prolongée par une nef, mais très séparée,
et l’octogone et les 8 piliers se revoient à l’intérieur de la nef, traduisant à l’intérieur ce qu’on voit à l’extérieur.




Siorac de Ribérac,
église fortifiée qui fait partie d’un ensemble rural superbe,
elle est intégrée dans la ville.




Bourg du bost, à 7-8 kms de Ribérac, église qui n’a pas grand aspect de l’extérieur, mais tout l’intérieur est orné de peintures et de fresques.




Les Eyzies de Tayac, église qui est le pendant de Saint Amand de Coly, église fortifiée avec des tours de défense, une superbe toiture de lauzes, intégrée dans le bourg de Tayac, avec des colonnes qui seraient des colonnes de réemploi romaines.




Le Landais (Saint Martin de Gurson, Carsac, Montpeyroux), entre Montpon et Sainte Foy la Grande. Sur les chapiteaux on retrouve cette image de tonneau, signification qu’il y avait du vin dans la région de l’église.




LES PETITS BIJOUX





Ponteyraud
, en plein milieu de la Double, 22 habitants,
une église avec des enfeus et un clocher à colombage typique de la Double.




St Martial Valette, à 2 kms de Nontron. Le même sculpteur a fait les mêmes portails dans 3 églises du Nontronnais : Saint Martial de Valette, Saint Martin le Peint et Saint Sulpice de Mareuil.
Ces sculptures sont très rustiques : un chasseur, un animal qui mord un autre, un palmier (en Périgord ?), un homme qui sonne du cor, un porteur d’eau (symbolique de l’espérance), etc.









St Martin le Peint
, avec le même genre de portail :
un loup, un paysan avec son cheval, un porteur d’eau également etc.







Saint Jean Chancelade, superbe petite chapelle du 12ème, à 100 mètres de l’abbaye du 13ème.
3 motifs :
un agneau avec la croix de travers,
la main de Dieu
et la façade avec des pointes de clous et le mot « PAX » gravé à la partie la plus centrale.







Merlande, prieuré du 12ème perdu au milieu des champs, avec une superbe coupole, le chœur est séparé de la nef par une paroi. Ce qui fait l’intérêt de cette abbaye, c’est une douzaine de chapiteaux essentiellement consacrés aux lions sous toutes les formes. C’est un endroit de recueillement, très tranquille.




Auberoche, à 15 kms de Périgueux, c
hapelle du 12ème couverte de lauzes, sur un piton,
qui n’est pas vouée au culte mais qui subsiste en son état.




Saint Martin de Limeuil, aux confins de la Vézère et de la Dordogne, église construite par le roi d’Angleterre Richard Cœur de Lion pour se dédouaner du fait que son père avait fait exécuter Thomas Becket, une plaque authentique de 1190 en raconte l’histoire. Il lui manque un des bras du transept.





Redon l’Espic
,
petite merveille près de Saint Cyprien,
chapelle très sobre et très pure.








Saint Julien
,
superbe église romane avec un clocher mur
et des modillons très riches.








Lolme
, à côté de Monpazier.
Déjà c’est le Lot et Garonne avec des clochers murs, des églises très rudes.
A l’extérieur, des graffitis ont été authentifiés comme étant du 12ème.





Aigueparse
,
à côté de Villefranche du Périgord,
au milieu des prés,
église fortifiée couverte de lauzes.




Montferrand du Périgord, la chapelle Saint Christophe,
où l’on a découvert des fresques superbes achées par des enduits de plâtre.




CONCLUSION :




"L’art roman du Périgord, c’est l’unité dans la diversité.
En parcourant les églises romanes du Périgord, on songe aux strophes de Péguy .Les alexandrins s’y déroulent avec des reprises, des répétitions, des échos d’idées, d’images et de sons. Le même thème s’y développe avec des facettes à peine différentes. Ces perpétuelles broderies seraient monotones si de savoureuses intuitions ne les illuminaient".
JEAN SECRET




Et, puisqu’on est avec Péguy, imaginez par exemple que l’église de Saint Avit Sénieur soit sur la barre de Domme et domine toute la plaine, et vous dites avec Péguy :

« Étoile de la terre voici la lourde nappe
Et la profonde houle et l’océan des blés
Et la mouvante écume
Et la belle Dordogne
et nos greniers comblés,
Voici votre regard sur cette immense chape

Et voici votre voix sur cette lourde plaine
Et nos amis absents et nos cœurs dépeuplés,
Voici le long de nous nos poings désassemblés
Et notre lassitude et votre force pleine.

Étoile du matin, inaccessible reine,
Voici que nous montons vers votre illustre cour,
C’est là la côte de Domme
Et voici le plateau de notre pauvre amour,
Et voici l’océan de notre immense peine.

Un sanglot rôde et court au delà l’horizon.
À peine quelques toits sont comme un archipel.
Du vieux clocher retombe une sorte d’appel.
L’épaisse église semble une basse maison.

Ainsi nous cheminons vers votre cathédrale.
De loin en loin surnage un océan de meules,
Rondes comme des tours, opulentes et seules
Comme un rang de châteaux sur la barque amirale.

Deux mille ans de labeur ont fait de cette terre
Un réservoir sans fin pour les âges nouveaux.
Mille ans de votre grâce ont fait de ces travaux
Un reposoir sans fin pour l’âme solitaire »




Poésie « pastichée » d’après le texte de Charles Péguy "Présentation de la Beauce à Notre-Dame de Chartres".

Le texte de cette page a été fait d’après l’enregistrement de la conférence de Pierre Mullon à Domme le 31 juillet 2010.
La sélection des églises est le choix personnel du conférencier, les photos sont extraites de son très riche album personnel.




Texte original de Charles Péguy :
http://ja-jp.facebook.com/note.php?note_id=49995983198




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