Conférence musicale sur les troubadours | Eric, Katia et Kaylee  

Entrevue avec l'eau, conférence-débat



Conférence organisée par l'association ALAN
présidée par Sylviane QUAILLET




Autour de la table :

Guy PUSTELNIK, directeur d’EPIDOR

Serge BARTHELEMY, directeur de l’Agence du crédit agricole de Saint-Cyprien

Pierre-Marie CLIQUE, directeur de projet de la Vallée Dordogne EDF

Jean-Claude CASTAGNEAU, maire de VEZAC

Jean-Fred DROIN, conseiller général du canton de Sarlat

Pierre-Yves VINCENS, association Sciences en Sarladais

Docteur Guy LONDECHAMP, auteur de « Symphonie du Vivant » et de « l’Homme Vibratoire »

Docteur Jean-Pierre POSTEL, médecin-anesthésiste-réanimateur, président de la commission médicale d’établissement du CH de Sarlat, vice-président du Directoire, président du centre national d’étude de recherche et d’information sur la conscience

Serge JARD, professeur honoraire de l’Université Pierre et Marie Curie Paris VI

François HIRISSOU, chambre d’agriculture

Philippe DESCHRYVER, fédération de Dordogne pour la pêche et la protection du milieu aquatique

Pierre-Gilles ROCHER, responsable Sud Dordogne SOGEDO




Dans un premier temps, Pierre-Yves Vincens a abordé quelques aspects et problèmes posés par l’eau et par la rivière Dordogne en particulier :




Problèmes de la rivière : la baignade et de ce fait des exigences plus importantes concernant la qualité des eaux de la Dordogne, le tourisme, la propreté et l’entretien de cette eau – la flore et la faune, les poissons, la pêche, la régulation des eaux, avec les barrages et toutes leurs conséquences – les berges et les alluvions (les inondations ne sont pas que destructrices), les dragages …
Problèmes des usages que nous faisons de l’eau : l’eau potable, les problèmes de santé liés à cette eau, les lavages (rejets des effluents dans la Dordogne, eaux de lavage, pesticides, lavage des terres), les irrigations et arrosages, la place de l’eau dans l’agriculture.
Il a souligné aussi le fait que nous sommes tous concernés par l’eau, nous tous en tant que consommateurs, les agriculteurs, les commerçants, les industriels, les artisans, les pêcheurs … etc. Les élus sont également concernés directement (gestion locale des petites rivières, crues, pompages, paysages et environnement des rivières, plages, règles d’usage de la rivière …).
Sans oublier le problème des enfants et de leur éducation.
Il a rappelé que malheureusement nous ne sommes pas tous égaux devant l’eau et que la bataille pour l’eau est peut-être celle du 21ème siècle.
Enfin, est-ce que les multinationales qui distribuent l’eau n’y ont pas elles aussi des intérêts …




Dans un second temps, Guy Pustelnik est intervenu sur l’état de santé de la Dordogne :




La Dordogne est une rivière assez exceptionnelle, plus de 33 espèces de poissons dont 8 espèces de poissons migrateurs, mais ils vont mal. Les saumons qui remontent sont en diminution, l’alose disparait, l’esturgeon est un vestige, l’anguille est également en voie de disparition… Et on peut se demander si les poissons peuvent ou non survivre avec nos activités actuelles.
En ce qui concerne la qualité de l’eau, les teneurs en nitrate ont été multipliées par 3 en quelques années. Certes, on ne peut pas se plaindre si on compare à la Bretagne, mais ce n’est pas terrible si on regarde l’évolution de cette même Dordogne par rapport aux années antérieures. A savoir que les sources de la Dordogne sont 2 tuyaux en béton qui sortent sous les pistes de ski et que l’estuaire est envahi par un gros bouchon vaseux avec des teneurs en O2 dans la Dordogne très basses à certains moments! Et si on ne peut pas dire que la situation soit catastrophique, on est sur la mauvaise pente …




Le Dr Guy Londechamp nous réalise sur place une petite expérience d’électrolyse de l’eau du robinet, nous montrant les nombreux éléments dissous dans l’eau (cf intervention plus loin du représentant de Sogedo)




En ce qui concerne la faune et la flore, le bilan est moins mauvais, la Dordogne est une rivière riche avec toute la faune que l’on trouve normalement dans une rivière de bonne qualité, avec recolonisation par la loutre notamment. Il y a aussi prolifération d’autres bestioles comme les ragondins qui se nourrissent à partir de nos activités (maïs …) ce qui n’est pas forcément sans problème avec par exemple le développement des leptospires suite au rejet de leurs urines.
Du fait de cette richesse, on essaye d’ailleurs actuellement d’obtenir le classement de la Dordogne en réserve mondiale de biosphère.




Serge Jard nous a parlé des poissons migrateurs en particulier - capables de vivre en eau douce et en eau de mer et capables de passer rapidement d’un milieu à l’autre - et des poissons comme bio-détecteurs, avec les perturbateurs endocriniens notamment.




Le Dr Jean-Pierre Postel nous a également parlé de ce problème des résidus médicamenteux dans l’eau, des oestrogènes avec la féminisation des poissons, mais aussi des antibiotiques, des anesthésiques etc. Un projet serait à développer pour prévoir des stations d’épurations pour les hôpitaux.
Rappelons que l’eau constitue 90% du nouveau-né et 60% du vieillard, soit plus de la moitié du poids du corps humain : nous sommes donc confrontés en permanence à ces problèmes d’équilibre.




Un « débat » sur la mémoire de l’eau (principe de l’homéopathie) et ses conséquences sur l’être humain fut remis à plus tard, aucune publication scientifique n’ayant confirmé ou infirmé cette hypothèse, et la soirée ne se prêtant pas au développement d’un sujet aussi vaste et autant controversé. Peut-être une autre soirée débat à envisager ultérieurement …




Puis Pierre-Marie Clique, représentant EDF, est intervenu sur l’usage hydroélectrique de l’eau. Les premiers aménagements ont eu lieu au 19ème siècle sur la partie basse de la Dordogne (Bergerac), la « Dordogne des jardins », et dans les années 1930-1960 sur le haut de la Dordogne, « la Dordogne des forêts », avec le barrage de Bort-les-Orgues entre autres. La Dordogne produit une énergie de pointe utilisée en cas de forte demande, en ordre de puissance environ 1600 mégawatts, énergie qui pourrait alimenter 1,5 fois l’agglomération de Bordeaux pendant toute une année, ce qui n’est pas négligeable.




Mais cette activité hydroélectrique entraine des variations de débits sur la Dordogne, les éclusées, avec des impacts sur les poissons, et les barrages entrainent des problèmes pour la remontée des poissons migrateurs ou la descente des anguilles (des travaux sont encore nécessaires pour améliorer l’efficacité des passes à poissons et ascenseurs ; des essais et expérimentations sont en cours).




Pierre-Gilles Rocher est intervenu pour la Sogedo, en faisant remarquer d’abord que la petite expérience d’électrolyse sur l’eau du robinet (cf plus haut) ne signifiait pas grand-chose, puisque l’eau potable n’a jamais été considérée comme une eau pure au sens chimique, qu’elle contient effectivement des matières dissoutes normales, notamment des ions qui précipitent (sodium, calcium, magnésium…) donnant cet aspect trouble. Des normes ont été définies, précisant quelles quantités ne doivent pas être dépassées, idem pour les pesticides, les herbicides etc. La distribution de l’eau se fait selon la conformité à cette réglementation.




Puis il a évoqué les différents types d’assainissements. L’assainissement collectif concerne les stations d’épuration qui reproduisent ce que fait la nature en plus concentré, permettant la dégradation par l’oxygène et les microorganismes, mais elles ont effectivement un champ d’action limité, et n’ont notamment aucune action sur certaines molécules comme les médicaments par exemple qui ne peuvent pas être traités. L’assainissement non collectif concerne les fosses septiques avec filtres à sable et ventilations, la dégradation se faisant par des bactéries produites naturellement dans ces filtres.
Guy Pustelnik a alors rappelé que le problème de la Dordogne était lié au fait qu’on voudrait pouvoir s’y baigner partout et qu’il faudrait que les stations d’épuration puissent régler le problème de la bactériologie (lagunage ou stockage pendant l’été et rejet en hiver lorsque les baigneurs sont partis ?). Il a souligné également le problème des stations qui débordent lors des fortes pluies, et le fait que tout n’est pas collecté, d’où l’existence de rejets directs. Par ailleurs, le fait que la région soit géologiquement un karst fait que des infiltrations peuvent se faire à partir de crevasses parfois très lointaines, l’eau transitant dans le sous-sol calcaire.




Le débat s’est alors instauré entre EDF (Pierre-Marie Clique) et les pêcheurs (représentés par Philippe Deschryver), sur le problème de ces éclusées. Les poissons mais aussi la microfaune (qui constitue leur nourriture) sont perturbés par ces variations de niveaux. Une convention a été signée pour réduire cet impact et un suivi écologique est fait régulièrement. Par exemple, une mesure instaure un débit minimum en aval d’Argentat du 15 mars au 15 juin. Il faut également prendre des mesures pour éviter le piégeage des alevins dans les bras remis en eau lors d’éclusées plus importantes. EDF a souligné que des mesures sont recherchées pour améliorer tout cela et que des progrès sont faits chaque année.




Guy Pustelnik confirme les efforts, mais fait remarquer que le problème des éclusées est un problème d’argent. Il est possible de produire autant d’énergie sans éclusées, mais le gain financier pour EDF sera moins important (étrange corrélation entre le débit de la Dordogne et le prix de l’électricité !). Aujourd’hui, l’état ouvre ces barrages à la concurrence et il faudrait en profiter pour intégrer dans le cahier des charges du futur concessionnaire les contraintes et besoins actuels sur la Dordogne (suppression des éclusées et régime de débit plus naturel, et pourquoi pas certaines petites crues). Il faut savoir que dans les calculs d’EDF interviennent autant les problèmes énergétiques que les problèmes financiers.




François Hirissou, représentant les agriculteurs, a rappelé dans un premier temps que, si le Périgord noir est effectivement en zone vulnérable (taux nitrates) du fait de son réseau karstique avec les infiltrations des eaux, les problèmes de mises aux normes des exploitations (captation des effluents qui sortent et pas d’épandage pendant les 4 mois d’hiver) posent un problème de rentabilité aux agriculteurs et une concurrence vis-à-vis des agriculteurs d’autres régions en terme de charges.




Deuxièmement, en ce qui concerne l’irrigation, il y a eu après la guerre une volonté politique de productivité accrue et effectivement l’utilisation des ressources naturelles s’en est suivie. Mais si on diminue l’irrigation, on diminue la culture du maïs, du tabac, et on remet en cause la viabilité de certaines exploitations. Le problème de l’irrigation est une donnée très importante du revenu de l’agriculteur à ne pas négliger.
Troisièmement, en ce qui concerne les pesticides, des plans sont mis en place pour diminuer de 50% l’utilisation de ces pesticides. Des expérimentations sont faites actuellement sur le non travail du sol (semis direct, implantation directement dans des couverts végétaux), et l’allongement des rotations.
Mais il faut savoir qu’une alimentation produite de façon naturelle coûtera plus cher et il faudra s’attendre dans les années à venir à une place plus importante de l’alimentaire dans le budget des ménages.




Le Dr Guy Londechamp a souligné qu’il faut intervenir en amont en ce qui concerne l’utilisation des pesticides, herbicides et autres produits qui ont une action sur les poissons et aussi sur leur nourriture (plancton et insectes), mais que pour arriver à cesser d’utiliser ces produits, il faut proposer une aide aux agriculteurs pour leur permettre de survivre.




François Hirissou a d’ailleurs rappelé que les agriculteurs sont les premières victimes des pesticides. Changer est possible, les agriculteurs sont conscients de ces problèmes, mais les orientations sont à faire progressivement, pour éviter de fragiliser encore plus le milieu agricole.
Il ne faut pas non plus oublier le coût très important actuel de la dépollution, en terme d’épuration des eaux mais également en terme de santé.




Peut-être aussi qu’on pourrait consommer moins d'énergie plutôt que chercher à en produire plus !




Côté « argent public » et en tant que conseiller général du canton de Sarlat, Jean-Fred Droin a rappelé les multiples actions du conseil général et les divers financements : le financement des communes et intercommunalités bien évidemment, la subvention des salaires des techniciens rivières, les plans départementaux de gestion des zones humides, le contrôle et la subvention des stations d’épuration et leur modernisation, la subvention des réseaux d’assainissement, l’assainissement des campings dans le cadre du tourisme etc...




Le coût non négligeable de la gestion de l’eau ne va faire qu’augmenter, de même que le coût de la gestion des déchets, avec à l’avenir une charge énorme à craindre pour les communes et donc pour les ménages. Il faut savoir aussi que la quasi-totalité des syndicats de rivière en Dordogne ont des difficultés financières du fait de la sensible diminution des aides publiques, d’où la nécessité de se regrouper pour mutualiser les moyens, et ce qui permet également de raisonner les divers projets.
Il termine cependant sur une note optimiste, avec l’autoépuration constatée des petits cours d’eau




Enfin le maire de Vezac clôt la soirée en rappelant l’action menée notamment en ce qui concerne la protection au niveau des sources (périmètre de captage à respecter par les agriculteurs), l’entretien des rivières, sans oublier l’action et le travail à faire auprès des touristes et des gens en général, en les appelant à un peu plus de civisme (déchets).




Merci à l’association ALAN pour l’organisation de cette soirée-débat suivie d’un copieux cocktail-buffet.

Et rendez-vous … un de ces jours, pour faire un nouveau bilan de l’état de la Dordogne et de l’eau en général.




Association ALAN ( Art Lumière Animation Nature )
Les MAGNANAS, Base de loisirs
24220 VEZAC

Tél : 06 71 04 22 73
mail : alangalerie@gmail.com
site : http://alangaleries.org







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