Sortie botanique (3)

Le repas s'est déroulée dans une ambiance très conviviale, puis après un tour dans le potager (naturel) de Pierre-Yves, nous sommes repartis sur les chemins, ou plus exactement dans la forêt, en croisant au passage un petit arbuste, une Bourdaine , "très mellifère, les fleurs sont extrémement discrètes, mais c'est un arbre bourré d'abeilles. Il pousse dans les endroits acides, plus c'est acide et plus ça pousse, c'est quasiment une plante qui peut pousser dans les bruyères ou dans les mêmes zones que les bruyères, ou des tourbières".




Le but non avoué de ce passage par le travers de la forêt fut bien vite découvert : des girolles
"Ici, c'est un bois à girolles, c'est le biotope qui lui convient, des feuillus, ça pousse aussi sous les épineux. C'est un champignon mycorhizien, c'est à dire qu'il est en étroite collaboration avec son arbre hôte, ça peut être un châtaignier, ça peut être un chêne, ça ne peut pas être un merisier. Elles suivent les racines. C'est un champignon de jours longs, il démarre sa pousse à partir de fin mai jusqu'au mois de juin-juillet, parfois août, parfois septembre, tout dépend de l'humidité du sol. Tant que le sol est humide et que la plante le nourrit d'éléments, de sucre par la sève, le champignon lui, en échange, va apporter les éléments minéraux, notamment le phosphore, qui ici en terrain acide est un élément qui est bloqué dans le sol, et les champignons vont multiplier à peu près par 700 la surface d'absorption des éléments minéraux et surtout vont permettre l'absorption d'élements minéraux qui ne seraient pas normalement absorbables par la plante directement : donc champignon et arbre étroitement liés. On s'est rendu compte que des arbres non mycorhizés avaient moins de chance de survie et poussaient moins vite et plus de chance de maladies que des arbres mycorhizés, que ce soit avec la girolle ou avec un autre champignon. Il y a des champignons qui sont non mycorhiziens et des champignons mycorhiziens. Les champignons non mycorhiziens se débrouillent, ils sont libres, ils se baladent. La girolle, une fois qu'on l'a trouvée à un endroit, on peut revenir l'année suivante, elle y est à nouveau."






Des fougères aigles, très hautes. "On peut manger les toutes jeunes frondes lorsqu'elles sortent, mais il faut aimer ..."
"Il paraît que ça peut permettre de survivre si on a rien, pas d'eau, pas de minéraux, car ça contient tout !"




"On arrive dans une forêt de châtaigniers, c'est quasiment monospécifique, et quelque part, ça donne un peu une impression de pauvreté quand on regarde le sol. Par exemple tout à l'heure on était sur le causse et on regardait, il y avait plusieurs variétés d'arbres, et sous les arbres et dans leurs périphéries, il y avait beaucoup plus de variétés qu'ici."






"Donc une seule espèce diminue la biodiversité, on le voit bien ici sur ce sol là, on ne retrouve pas grand chose, des noisetiers, du chèvrefeuille, des fougères, c'est tout".




"Dans cet endroit, on trouve des orchidées sans chlorophylle. Ce sont des orchidées qui sont saprophytes, elles sont en inter-relation avec un champignon. Celle-là est un peu passée, mais d'habitude, ça fait des fleurs assez beiges, là on voit les graines, la gousse qui est en train de gonfler et, si on la déterrait, on verrait que les racines s'embrouillent, se referment les unes sur les autres comme un nid d'oiseau, Néottie nid d'oiseau, petite orchidée très discrète qui vit en symbiose avec un champignon, une plante qui n'a plus besoin de chlorophylle. Cette plante qui au départ devait nourrir le champignon en sucres ne fait pas sa part de boulot !Peut-être qu'elle fait autre chose, mais en tout cas elle ne fait plus sa part de photosynthèse. Elle est devenue flemmarde !"




Découverte d'une énorme souche. "Il est petit par rapport à celui de Prats du Périgord qui fait 12 mètres de circonférence, mais par contre, ça permet de bien voir comment le châtaignier se régénère à partir de souches, il y a eu des nouveaux drageons qui sont repartis, qui se réenracinent sur le côté. Si on revient dans 200 ans, peut-être qu'on aura un cercle d'arbres autour, on pensera à des arbres séparés, mais en fait il s'agira du même individu."






Surprise à l'intérieur :

Un cèpe ... !
Tellement beau et surprenant qu'on l'a laissé à l'intérieur !




La balade se poursuit dans la forêt. Un arbre apparemment souffrant attire l'attention, une branche en train de mourir à cause du chancre. "Il y a des chancres malins et des chancres bénins. On utilise cette propriété dans des exploitations où on cultive des châtaigniers pour le fruit, pour la graine. On prend une souche bénigne et on va faire des trous à la perceuse autour du chancre malin et on va inoculer la bactérie bénigne qui va faire une barrière protectrice autour de la zone infectée et qui va permettre à l'arbre de recréer son bois et refermer la plaie."




Et du coup, ça discute dans les rangs ...
"L'homme est plus malin que la bactérie maligne"
"pas sûr, la bactérie peut se mettre un peu plus haut, elle se modifie ..."
"Dans le règne du vivant, l'être le plus intelligent est la bactérie, c'est elle qui a la plus grande variabilité, elle est capable de s'adapter à des situations extrêmes contrairement à nous" ...etc






Nous repassons pas loin des ocrières,
on aperçoit dans les terrains sableux des terriers,
"de blaireaux apparemment".





Et là, vous avez ...
je vous laisse deviner ?

"... un esprit local, un fantôme local,
magnifique fantôme, un fantôme forestier"




Le groupe s'arrête sous des frênes,
dont les extrémités feuillues sont recroquevillées.

Explication de la fabrication originelle de la frênette : cliquez ICI. [1 628 KB]






Au lieu-dit "Sol du Mazel", le chemin rejoint la route, l'occasion de faire une rencontre amicale.






De toute façon, on ne risque pas de se perdre :
il y a un panneau indicatif sur le bord de la route !...




"Une haie (domestique, celle de la maison voisine, ce n'est pas une plante du coin), Prunus Laurocerasus, ce qu'on appelle le laurier-cerise ou laurier-amande. Si on regarde la base des feuilles, il y a des glandes qui font un nectar, donc un nectar extrafloral. Les abeilles viennent au printemps lécher ces glandes pour en sortir du nectar, les fourmis y viennent aussi. C'est une plante toxique qui contient du cyanure".







Exclamation générale :
"Oh, des glaïeuls sauvages !"







Du liège se forme sur un jeune rameau d'orme






Une prairie magnifique, et voilà la Reine des prés.
"On peut manger la fleur, et elle fait à la racine des espèces de petites boules dont on faisait de la farine en période de famine".




"Quand on voit des prairies comme celle-là qui sont pleines d'Orchis pyramidalis, avec des lotiers et toutes sortes de légumineuses, ce sont des prairies qui sont très très riches pour les animaux. Vous donnez ça comme fourrage à des animaux qui vont donner du lait, ça va donner un lait très goûteux et très fruité."





Un chèvrefeuille mystérieux qui a beaucoup fait discuter nos différents intervenants,
qui n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur le genre exact,
une vraie bataille de botanistes !








Le chemin redescend vers le bourg




"La Piloselle, plante de la famille des composées, qui a la particularité de dégager une molécule désherbante, elle désherbe son environnement, donc en général où on la trouve, on la trouve par plaques et autour il n'y a plus grand chose qui pousse".
"Et quand elle est assez développée, elle se l'envoie à elle, cette molécule, donc c'est une plante qui se suicide". "C'est pour éliminer la surpopulation"."On l'appelle la Piloselle parce qu'il y a des petits poils partout, ces poils captent l'eau de la rosée, elle pousse dans des endroits secs en général, et ces poils envoient l'eau dans la racine qui renourrit toute la plante". "C'est une plante qu'on trouve dans les anciennes truffières d'ailleurs, la truffe qui a déjà brûlé son sol en récupérant tous les éléments minéraux et l'eau qu'il contient, quand la truffière a disparu, la piloselle s'y met."






Le Sureau,
"fleurs à faire tremper dans du sucre pour faire du sirop"




"La Chélidoine, plante médicinale. C'est une crucifère, famille du chou. Elle a la particularité d'avoir un lait orange, et c'est un lait qui brûle les verrues. Si on a une verrue quelque part sur la main - évidemment quand je cherche je n'en trouve pas - on pose la tige dessus, on fait ça 2 fois par jour et au bout d'un moment, ça brûle la verrue. C'est une plante facile à trouver, car elle pousse près des murets, des rocailles."






Enfin, une dernière plante, sur le bord du Mandalou,
la Scrofulaire.




Cette journée est maintenant terminée, j'espère que la promenade vous a plu.
A bientôt peut-être...
Marie-Françoise.

Un dernier conseil : Pour les cuisiner, ne ramassez que les plantes que vous connaissez parfaitement ! Pour les regarder, ne les ramassez pas, elles ne tiendraient pas longtemps en vase, et puis n'oubliez pas qu'il y a des espèces protégées car rares !

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09.05.2010 - MxC
Alors là, le reportage botanique donne un soupçon d'impatience pour cette année, étant donné que je n'ai pu me joindre à cette sortie 2009. Félicitation au voisin jardinier pour la transmission de son savoir et passion qui on le voit bien dépasse grandement les haies parfois peu naturels de cetains de nos clos...

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